Pin It

Le Jeu des petites gens en 64 contes sots par Louis Delattre : La truie

Une année, il y eut tant de faînes et de glands au bois de mon village, que les cochons en étaient soûls chaque jour et bien souvent se perdaient.

Un jour, le porcher banal ramenant son troupeau, s’aperçut qu’il lui manquait la truie des Foubert.

Il s’en retourna donc promptement sur ses pas pour la chercher.

Un bûcheron, qui liait des fagots, lui dit l’avoir vue, au fond d’une clairière qu’il montrait, entrer dans un trou.

Aussitôt, monsieur le porcher commun prend ses jambes à son cou, traverse la clairière, trouve le trou et y saute en appelant la truie.

Il crie à pleine voix : - Grouin ! grouin !

Il écoute un peu.

Il y marche.

Il crie de nouveau.

Il siffle.

Il tombe.

Il court.

Il renifle.

Il s’arrête.

Il éternue.

Il fait claquer son fouet. Rien.

Pas de truie. Il n’y voit plus. Il ne sait où il est.

Mais coûte que coûte, il veut retrouver la cochonne.

Il lui faut la rendre aux Foubert ou montrer les morceaux.

Il jure la mordienne qu’il ira plus loin encore s’il le faut, si noir qu’il y fasse et jusqu’au bout de la caverne.

Tout à coup il voit, loin devant lui, briller comme une étoile une petite tache de jour.

Il avance. La lueur grandit.

Il fait de plus en plus clair.

La caverne s’ouvre.

Il entre enfin dans un champ plein de soleil, où des moissonneurs, en manches de chemise, moissonnent les blés.

Là, parmi d’autres pourceaux, il aperçoit sa truie et qui n’a pas cochonné moins de quinze petits cochons grivelés qui lui pendent aux tétines.

Le porcher en est tout aise ; et Dieu sait que le joyeux accueil, pour sa part, la truie lui fait en le reconnaissant.

Cependant, ayant contemplé tout ce peuple qui travaille, il s’étonne d’être ici en plein été, tandis que c’est l’hiver en son village.

La peur le prend. Et, sans sonner mot, ni prendre congé de la compagnie, monsieur le porcher s’en revient par le trou où il était allé et ramène aux Foubert leur truie et ses quinze cochonnets.

Quelquefois un fol qui s’avance met fin à choses d’importance.