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Le Jeu des petites gens en 64 contes sots par Louis Delattre : L’arracheur de dents

Une jeune femme qui souffrait d’une grosse dent, en criant comme une enragée était courue chez le maréchal du village pour se la faire arracher.

Mais celui-ci eut beau s’escrimer et tirer dessus de toutes ses forces, il ne put venir à bout de la déraciner.

En pleurant plus haut et tenant sa mâchoire à deux mains, la pauvrette s’en retournait donc à sa maison, quand elle rencontra un tireur d’arbalète revenant de société, son arme sur l’épaule, et qui lui demanda où elle souffrait si durement.

Quand il sut que c’était à une dent, il l’assura qu’il la lui arracherait sans douleur par un moyen qui n’avait jamais manqué, pourvu qu’elle voulût bien le laisser faire.

La femme consentit à tout, ne demandant qu’une chose : c’est qu’il la soulageât bien vite.

Voilà donc notre arbalétrier qui vous lui lie la dent à une mince et solide cordelette au bout de laquelle il attache ensuite un trait bien empenné.

Il bande son arme qui n’était pas de moins de dix livres ; fait, à la femme, ouvrir la bouche toute grande ; et presse la détente, persuadé qu’avec la flèche s’en va sauter la mâchelière gâtée.

Mais celle-ci était si ferme enracinée, que la patiente, qui en tout ne pesait pas grand’chose, s’envola derrière le trait.

Et toutes deux allèrent tomber, à deux lieues de là, dans un vivier où la femme se fût certainement noyée si un pêcheur qui se trouvait au bord, ne lui eût porté secours.

A douleur de dent n’aide viole ni instrument.