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Le Jeu des petites gens en 64 contes sots par Louis Delattre : L’âne

L’âne de Pierre André s’étant échappé, entra dans un pré où, trouvant de l’herbe à foison, il se mit à jouer des mâchoires et à se refaire la panse.

 Et comme tous les organes de la digestion étaient bien disposés, il ne tarda pas à fumer la prairie aux dépens du fourrage dont il se bourrait ; puis à battre, comme on dit, son avoine en se roulant à terre et mangeant ensuite tout couché.

Une pie qui le suivait à la piste en épluchant ses crottes, s’approcha peu à peu et, toujours picotant, vint jusqu’à lui fourgonner familièrement de son bec au derrière, ce dont notre âne semblait tout éjoui.

Mais enfin, cette pie ayant poussé la tête trop avant ; et du bec, par malheur, piqué au vif le gros boyau du baudet, celui-ci se serra ; et le cou de la pécore avec sa tête, se trouva pris.

Alors elle se mit à se débattre et à jouer si furieusement des ailes en arrière qu’elle traîna l’âne, la queue en avant, d’un bout à l’autre de la prairie, tant qu’à la fin, celui-ci lâchant prise, la pie, par la rapidité de son vol, fut donner contre un pommier dont elle fit tomber plus de six sacs de pommes.

L’âne eut le dos tout écorché ; même qu’il fallut six mois à l’artiste Frère pour le guérir.

Il faut toujours, en toute affaire, regarder devant et derrière.