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Le Jeu des petites gens en 64 contes sots par Louis Delattre : L’alouette

Monsieur le curé Tondet, haut de taille et sec de corps, assez mal bâti du reste, était cependant fort homme de bien.

Un jour qu’il avait, après sa messe, travaillé dur à son jardin et planté à perches trois plates-bandes de pois blancs, il s’en revint déjeûner à sa maison. Sa servante, vu le beau temps, avait mis la nappe à carreaux rouges et blancs sous le cerisier au milieu de la cour ; et elle lui servit une bonne, belle, grande et pleine platelée de lait tout fraîchement caillé, qui se coupait par éclat comme une fine gelée crémeuse.

Or, tandis que M. le curé mangeait, et peut-être un peu vite, à l’aide de sa grande cuiller à pot, voici qu’une alouette, sans doute poursuivie par quelque émouchet, se laissa choir dans la soupière, et si subitement que le bonhomme n’ayant pu distinguer au juste ce qui lui tombait ainsi, pensa que c’était une cerise mûre détachée de l’arbre du coup de bec d’un moineau gourmand.

Il continua son repas.

Et voilà qu’il avala sans la voir la pauvre alouette à même la crème sure.

Ce n’est que deux heures après que M. le curé s’avisa de la vérité, en sentant l’oiseau voleter dans son ventre.

Et s’il n’eût fermé la bouche et instamment serré les fesses, il avoua par la suite, qu’elle se fut trouvée maintes fois bien près de se sauver.

Pour gober l’huître, il faut l’ouvrir ; pour manger l’oiseau, le rôtir.