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Peter Pan Chapitre 8 : La lagune aux sirènes

La lagune aux sirènes est l’endroit préféré des enfants. Ils y passent de longues heures à jouer, nager, flotter.

Lorsqu’ils étaient fatigués, ils se couchaient sur le sable ou sur l’Îlot des Abandonnés qui n’émergeait qu’à marée basse. Dans la lagune, il y a de vraies sirènes par centaines mais, et c’est là un grand chagrin de Wendy, elles ne sont pas très sympathiques.

Elles traitent tous les enfants avec mépris, sauf Peter.

Elles détestent Wendy aussi et dès qu’elle apparaît dans la lagune, les sirènes l’éclaboussent de leur queue. Le moment le plus saisissant pour observer les sirènes est la nuit à la pleine lune.

 

Elles poussent d’étranges gémissements lorsque la lune monte dans le ciel. À ce moment, l’endroit est dangereux pour les mortels.

Un jour, alors que les garçons dorment sur l’îlot, le soleil disparaît, la surface de l’eau se ride et des ombres sinistres s’étalent. Il fait froid et sombre.

Wendy est terrorisée, transie de peur. Elle devrait réveiller les garçons mais elle ne le fait pas.

Heureusement, Peter a senti le danger dans son sommeil. Il bondit sur ses pieds, l’oreille aux aguets et s’écrie :

— Les pirates, plongez.

Le canot approche. Il y a trois personnes à son bord : deux pirates et Lis Tigré, la belle princesse indienne.

Elle venait d’être capturée alors qu’elle tentait de monter sur le navire des pirates, un poignard entre les dents.

Les pirates avaient pour instruction de la laisser sur l’Ilot des Abandonnés, chevilles et poignets liés jusqu’à ce que la marée la recouvre et qu’elle périsse noyée.

Peter et Wendy ont tout entendu de la conversation des pirates. Ils savent qu’elle est promise à une mort horrible.

Peter n’est pas de ceux qui choisissent la facilité et comme il imite à la perfection la voix de Crochet il crie à l’intention des pirates :

— Ohé du canot, marins d’eau douce ! Relâchez la princesse.

— Mais… capitaine, proteste Smee

— Faites ce que je dis, tonne à nouveau la voix, ou je vous plonge mon crochet dans le corps.

Les pirates ne se le font pas répéter deux fois et ils tranchent les liens de la princesse qui glisse telle une anguille et plonge dans la mer.

Un autre " Ohé du bateau " retentit. Cette fois, c’est le vrai capitaine Crochet qui nage en direction de l’embarcation. Ses hommes l’aident à se hisser dans l’embarcation.

— Tout va bien capitaine, demandent les pirates ?

Pour toute réponse, ils obtiennent un soupir puis le capitaine déclare :

— Rien ne va, les garçons ont trouvé une maman.

— Si nous kidnappions cette maman, elle pourrait être notre mère, dit l’un des pirates.

— Une idée géniale, topez là mes amis. Nous allons nous emparer des enfants puis nous les ferons marcher sur la planche et nous garderons la fille qui sera notre maman.

Se souvenant de la Peau-Rouge, Crochet demande à ses hommes où elle se trouve.

— Nous l’avons relâchée ainsi que vous nous l’avez ordonné, répond le second. Nous avons entendu votre voix.

— Relâchée ? Mais je ne vous ai rien demandé, dit Crochet. Et d’une voix tremblante il demande :

— Esprit qui, cette nuit, hante cette sombre lagune, m’entends-tu ?

Peter ne sait bien entendu pas se retenir et engage un jeu de questions-réponses avec Crochet en empruntant sa voix.

Crochet veut absolument savoir à qui il a à faire. Peter ne peut résister à la tentation et répond à chaque question.

Son fol orgueil une fois de plus l’emporte trop loin et Peter donne son véritable nom.

— Nous le tenons, crie Crochet. Prenez-le mort ou vif.

En réponse, Peter appelle les enfants : — À l’attaque, rentrez-leur dans le chou.

La bataille est courte mais âpre. Le choc a lieu sur le rocher.

Peter et Crochet escaladent l’îlot chacun d’un côté et en cherchant une prise, leurs bras se rencontrent.

Ils se trouvent nez à nez. Peter saisit le poignard qui se trouve à la ceinture de Crochet et s’apprête à le lui planter dans le corps quand il s’aperçoit que son ennemi est plus bas que lui.

Alors, il lui tend la main et le capitaine sans honneur le mord.

Peter reste là , les yeux écarquillés devant cette trahison , pétrifié comme tous les enfants quand ils ressentent la première trahison des adultes. Crochet en profite pour le griffer deux fois avec sa main de fer.

C’est le tic-tac du crocodile qui sauve Peter. Crochet nage désespérément vers son bateau, tenaillé par une peur atroce et poursuivi par le crocodile.

Les garçons trouvent le canot des pirates et regagnent le rivage en appelant Peter et Wendy. Mais ils ont une telle confiance en Peter qu’ils ne s’inquiètent pas pour lui. Il doit avoir regagné la maison en volant.

La lagune redevient silencieuse. Peter hisse Wendy évanouie sur le rocher. La marée recouvre le rocher de plus en plus.

— Nous sommes sur le rocher, Wendy, dit Peter mais bientôt l’eau l’aura entièrement recouvert. Nous devons partir.

— Je sais, répond la fillette, on nage ou on vole ?

— Peux-tu nager ou voler sans moi ? je ne peux pas t’aider. Crochet m’a blessé.

Wendy doit bien avouer qu’elle est trop fatiguée.

Ils demeurent sur place attendant une mort prochaine quand une chose plus légère qu’un baiser effleure Peter. C’est la queue du cerf-volant de Michaël.

Peter tire sur la corde et la ceint autour de la taille de Wendy. Il la pousse hors du rocher et Wendy s’envole emportée par le cerf-volant.

Peter est tout seul. Le récif est de plus en plus petit et bientôt, il sera entièrement submergé. Peter a un peu peur puis soudain, il sourit : " Mourir, ça c’est une aventure ".

 

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